LE CHEVAL ET LA GLOIRE DANS LE SPECTACLE VIVANT 15-16 FEVRIER 2008 RESUMES DES COMMUNICATIONS Jean-Louis Gouraud (Ecrivain et éditeur) Deux jeux équestres d’inspiration guerrière (privilégiant le spectacle): la fantasia (d’Afrique du nord) et la djighitovka (des cosaques). *** Valérie Nativel (Université de Paris III) : « Such a questionable shape » : pour une lecture de l’entrée en scène du spectre dans l’Hamlet de Patrice Chéreau. En 1988, à Avignon, le spectateur de l’Hamlet de Chéreau est confronté à une trouvaille dramaturgique majeure : l’entrée en scène du spectre du roi Hamlet monté sur un cheval. Reste de majesté, substitut de fougue, reliquat de pouvoir militaire, l’animal vient interroger la présence intrusive du mort dans le monde des vivants. *** Mario Longtin (Université Western Ontario, Canada) et Camille Salatko Petryszcze (Universités Western Ontario et Rennes II) : Chevaux et Mystères Malgré l’importance du cheval sur la scène des Mystères, très peu de critiques se sont attardés à relever les enjeux et les contraintes d’une telle présence. Il s’agira ici de voir ce qui, dans les Mystères, apparaît comme des mentions de la présence effective du cheval en scène. À l’aide de ce relevé liminaire, constitué essentiellement à partir de didascalies, nous tenterons de dresser une typologie des diverses fonctions et dans certains cas des rôles - qui auront pu lui être attribuées à l’intérieur du jeu. *** Rémi David (Université de Paris III) : Le Théâtre du Centaure ou la célébration du faire-à-cheval. S'il arrive au cheval d'évoluer sur les planches, il n'a probablement jamais occupé une place aussi importante que dans les pièces montées par le Théâtre du Centaure. Il y est toujours partenaire de jeu à part entière dans une réelle communion entre homme et animal qui invite à se demander s'il s'agit bel et bien d'un cheval au théâtre ou si est né un acteur d'un type nouveau : l'acteur-centaure. *** Brigitte Prost (Université Rennes 2-Haute Bretagne) : Des chevaux pour la relecture d’un classique. Avec la mise en scène du Misanthrope par André Engel en 1985 à la MC 93 Bobigny, l’action est recontextualisée à la campagne, dans un haras. La présence même de chevaux sur le plateau donne une dimension concrète à ce texte dramatique écrit au XVIIe siècle qui s’inscrit ainsi dans une proximité plus grande au public et l’actualise. Cerner le processus qui sengage par la simple présence et direction de chevaux, tel serait le principal axe de mon questionnement. *** Valy Sidibe (Université d'Abidjan Cocody (Côte d'Ivoire)) : Le cheval sur la scène: l'expérience du Palais de la culture d'Abidjan Dans le théâtre africain contemporain, l’utilisation du cheval sur la scène théâtrale relève du souci de réhabiliter un fonds culturel qui tend à disparaître. Loin d’être un objet théâtral, le cheval devient un véritable acteur qui déconstruit la conception traditionnelle de l’espace scénique. Il devient producteur de la catharsis collective qui pèse sur la conscience du lecteur-spectateur. *** Carole Ferret (Collège de France EHESS CNRS, UMR 7130) : « Kökpar » et « baïgué », la force et la légèreté en Asie centrale Au Kazakhstan et au Kirghizstan coexistent deux formes de compétitions hippiques qu’on associe généralement à d’autres pays. Le kökpar est un jeu d'"arrache-bouc", analogue au bouzkachi afghan. Les baïgué sont des courses de longue distance, proches des courses mongoles du Naadam. Ces deux formes de compétitions, démonstrations de force ou de légèreté, s’opposent nettement par leurs participants, humains et équins, et par leur esthétique. Elles se rapprochent néanmoins par certaines spécificités de l’entraînement et par leur signification sociale. *** Jean-Louis Andréani (Journaliste au quotidien « Le Monde ») : Le cheval, acteur et metteur en scène de la puissance. De tout temps, le cheval a été à la fois un outil au service de la puissance, en particulier à travers la cavalerie militaire, et un instrument de mise en scène de cette puissance : sa beauté magnifie celui qui l’utilise, elle souligne sa gloire. Aujourd’hui, les unités d’élite comme la Garde républicaine en France perpétuent cette mise en scène de la puissance publique. La vision qu’ont les présidents de la République française du régiment de cavalerie de la Garde est d’ailleurs étroitement liée à l’image d’eux-mêmes qu’ils veulent donner. Par ailleurs, le cheval contemporain vitrine de la puissance, non plus militaire - pour le prestige -, mais policier pour le maintien de l’ordre, est utilisé pour mettre en scène de façon spectaculaire la force publique. Il ne s’agit plus de célébrer la gloire du chef de l’Etat et du pays qu’il représente, mais d’impressionner et d’intimider. Dans les deux cas, le cheval en action devient lui-même un spectacle. *** Alexis Grüss (Maître Ecuyer et Directeur du Cirque national A. Grüss) : Chevalement vôtre. *** Hubert Comis (Ancien directeur de ENE) : Sport où est ta victoire? L’équitation sportive est l'une des premières disciplines (re)créées lors du renouveau sportif au XIXe siècle, régénérant ainsi l'esprit de la Renaissance. Comment le cheval magnifie-t-il la puissance et la gloire du sportif? Quel message universel et culturel les sports équestres expriment-ils? *** Sophie Nauleau (Ecrivain et productrice radio) : Zingaro suite équestre. Quand un poète célèbre Bartabas Zingaro suite équestre est né de la rencontre inattendue d’un poète et d’un cavalier. L’un voué à la parole, l’autre à son art silencieux. Comment deux pratiques si distinctes se sont-elles croisées jusqu’à se reconnaître et se lier ? Comment se sont-elles découvertes des affinités si « électives » qu’il est possible d’évoquer leur évidente « consanguinité d’énergie » ? Comment les poèmes de l’auteur de L’Arbre-Seul sont-ils entrés en résonance avec les spectacles du célèbre centaure d’Aubervilliers ? D’où est né le grand galop de mots du Zingaro suite équestre illustré par Ernest Pignon-Ernest, recueil sans cesse réédité et augmenté au rythme des créations de Bartabas ? Confronter l’œuvre d’André Velter à l’aventure Zingaro menée souverainement par Bartabas, c’est explorer le versant neuf et manifeste de ce qui désormais s’impose comme un art poétique hors norme : la poésie équestre. *** Isabelle Martin (Séalas / Université de Haïfa) : Le spectacle de l’intelligence et du sentiment au XVIIIe siècle : gloire ou déchéance du cheval ? De nombreux numéros de spectacles d’animaux savants, dont il ne reste malheureusement que peu de traces, sont présentés au XVIIIe siècle à Paris, essentiellement dans les foires, mais aussi dans la rue et sur les boulevards. Que pouvons-nous savoir de ces « personnages » ? Quels étaient leur provenance et leur coût, et que rapportaient-ils ? Le cheval escamoteur et équilibriste ou le cheval turc que l’on produisait aux foires de 1745 et de 1772 peuvent-ils être considérés, ainsi que l’affirme Nougaret dans son Histoire des chevaux célèbres, comme des « émules des acteurs » qu’ils secondent avec éclat dès qu’ils montent sur les planches ? Les spectacles du dressage et de l’équitation constituent sans doute un terrain d’essai à d’autres interventions scéniques, plus organisées dont le cheval n’est plus le seul héros, mais le public pourtant familier avec les équidés qu’il côtoie quotidiennement, reste extrêmement friand de ces illusions scéniques. Pour un auteur comme Nougaret le danger n’est-il pas que le cheval supplante l’acteur et lui vole la scène ? *** Sylvie Perault (Ethnologue, collectif corps et costumes de scène (CERPCOS) chargée de cours à l'université Paris VIII (arts du spectacle) et à l'ENSATT ( Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre) : Quand les frontières s’estompent : Chevaux - danseurs et femmes - anima les au music-hall. Depuis son avènement à la fin du XIXe siècle, le music-hall est un lieu où l’extraordinaire est privilégié. A l’origine, l’espace scénique est plutôt un hybride du cirque et du caf’ conc’ où se côtoient tour de force et tour de chants. Les animaux y sont «naturellement» présents : dromadaires, lions, tigres, boas etc. Mais ils valorisent souvent l’exploit d’un dompteur, d’un artiste. Tel n’est pas le cas du cheval qui, lui, jouit d’une place particulière. L’intervention montrera qu’il a d’abord été un compagnon plus qu’un faire valoir pour les artistes en scène (les cascadeurs par exemple) où les numéros ont été jusqu’à présenter un personnage chimérique issu de la rencontre homme animal. Enfin, la dernière revue du Moulin Rouge a permis aux chevaux d’occuper une place particulière et d’avoir un traitement privilégié équivalent à celui des danseuses. A place similaire avec les girls sur scène, leur présence trouble davantage le spectateur qui fait face à des femmes animales et des chevaux danseurs. La préparation journalière de l’animal - comme l’est celle des girls dans leur formation est particulière car elle est tendue vers le moment scénique de présentation et de performance. Les observations de terrain permettent de comprendre ces préparations et de réaliser de quelle façon la rencontre humain / animal peut se faire sur scène. Nous examinerons comment cette dernière a été construite avec les jeunes femmes sur un véritable pied d’égalité afin qu’aucun n’annule ou efface l’autre. *** Lieutenant-Colonel Thierry Delavaud (Régiment de la Garde républicaine) : Gloire et service du régiment de cavalerie de la Garde républicaine. Le régiment de cavalerie de la Garde républicaine, dernière unité de l’armée française, assure les missions de sécurité et d’honneur au profit des instances gouvernementales et des plus hautes autorités de l’Etat. Gardien des traditions de la cavalerie montée, il contribue à la promotion de l’image de la Gendarmerie et de la Garde en France et à l’étranger. En octobre 2005, il s’engage résolument et activement dans l’exercice des missions de sécurité publique à cheval à Paris mais également en province. Fort de 600 hommes et femmes, remonté de 500 chevaux, le régiment de cavalerie est une unité militaire moderne et opérationnelle disposant de moyens efficaces, économiques et écologiques : ses chevaux. *** Claude Gaignebet (Folkloriste) : La Ramade de St Eloi de Graveson (Var) en 2001 : la gloire du cheval de travail. Au solstice d’été, à la St Eloi, le 21 juin, les chevaux de labour de Provence réaniment l’antique course de chars des héroïsations équestres romaines. *** Table ronde sur le thème : « Le Cheval sur la scène contemporaine » Participants : - Olivier Sécardin, (Université de Paris Sorbonne (Paris-IV), Université de Chambéry). 1 : Gwénola David, (Membre du comité éditorial de Mouvement, Conseillère artistique et pédagogique au CNAC, le Centre National des Arts du Cirque). 2 : Jean-Marc Adolphe, (Fondateur et directeur de la revue Mouvement). 3 : Nicholas Ridout, (Queen Mary, University of London). 4 : Thierry Voisin, (Rédacteur en chef du magazine Stradda, Président de l'Observatoire des Arts de la Rue, Président de l'Observatoire du Cirque).
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